• Élizabeth Bigras-Ouimet

Les troubles alimentaires démystifiés ; « Ben là t’es pas malade, tu manges! »

Mis à jour : 28 sept. 2020

Par Élizabeth Bigras-Ouimet, Auteure et Éducatrice spécialisée avec baccalauréat.



On ne devient pas anorexique, boulimique ou hyperphagique du jour au lendemain. Bien plus qu’un simple trouble avec ce que l’on mange, les troubles alimentaires s’installent tranquillement, sur plusieurs mois, voire plusieurs années. Pour tous les troubles alimentaires, les facteurs de risque sont à la fois psychologiques, sociales, biologiques et environnementales. Une personne à faible estime d’elle-même, perfectionniste, hypersensible, anxieuse, qui veut plaire à tout le monde, être la meilleure dans tout et surtout tout contrôler d’elle et de son environnement, qui a été intimidée, rejetée, qui a manqué d’attention ou encore a eu trop d’attention, gars ou fille, enfant, ado, adulte ou ainée peut souffrir d’un trouble alimentaire un jour.

Bien que les troubles alimentaires ont longtemps été associés aux filles de 12 à 25 ans, il est grand temps de réaliser qu’ils affectent aussi les hommes, pas juste les homosexuels comme certains le prétendent, des hommes qui se mettent beaucoup de pression sur eux, des hommes sensibles qui cherchent à être les meilleurs dans tout, des hommes qui ont honte de souffrir, car les troubles alimentaires sont, selon plusieurs, des maladies de femmes (ouf les stéréotypes!). La pression est forte sur les hommes aujourd’hui; ils sont tout autant affectés par les dogmes de beauté que les femmes!

Les ainés peuvent aussi souffrir de troubles alimentaires dus à l’isolement social, le deuil de leur conjoint, la perte d’amis, d’activités importantes pour eux, perte de leur autonomie, maladie qui affecte le goût etc. Malheureusement, on observe aussi que les troubles alimentaires atteignent les enfants de plus en plus jeunes, surtout les enfants anxieux ou qui ont des troubles obsessifs compulsifs. Voici une courte explication de certains troubles alimentaires et comment s’en sortir, car oui, ON PEUT S’EN SORTIR!!


Critères diagnostiques


Anorexie mentale

La personne anorexique refuse de maintenir un poids corporel « normal » selon son âge et sa taille. On se réfère souvent au IMC (indice de masse corporelle) pour savoir environ quel est le poids le plus sain pour la personne.

À noter que pour une femme de 5 pieds 5, le poids « normal » est de 118 à 150 livres. Comme on peut le constater, le poids « normal » dépend de plusieurs facteurs : nos os (oui, oui ce n’est pas une farce, il y a bien des gens qui ont de gros os), notre alimentation (si tu manges plus que tu ne dépenses d’énergie, tu emmagasines le surplus c’est bien connu), la génétique etc. Il se peut qu’une personne qui a un poids inférieur à la moyenne soit en pleine forme si elle a toujours été de cette taille (génétique).

La peur de prendre du poids devient rapidement une obsession, ce qui mène à une restriction alimentaire sévère. Alors qu’une femme adulte doit manger environ 1800 calories par jour (pour les ados, environ 2100 calories), l’anorexique mangera entre 100 et 800 calories. À long terme, le corps n’est plus capable de fournir l’énergie nécessaire pour pratiquer ses activités quotidiennes alors il puisera dans sa réserve de gras.

ATTENTION! Tout être humain a une réserve de gras, ce qui ne veut pas dire qu’il est gras! À force de se restreindre, le corps puise tout ce qu’il peut conserver, car il veut survivre. Il est normal qu’en mangeant aussi peu que 100 calories de plus, le corps le retienne et alors la personne croit qu’elle mange trop parce qu’elle prend du poids même à 900 calories. C’EST UN LEURRE!!!!! Le corps retient beaucoup l’eau et les calories en période de famine parce qu’il sait qu’à long terme il sera en manque. Personne ne prend réellement de poids à 900 calories par jour sauf lorsque son corps est très dénutri.

Les anorexiques ont une perception altérée de leur image, qu’on appelle aussi distorsion cognitive. Même si vous leur dites qu’elles ou qu’ils sont maigres, les anorexiques ne se voient vraiment pas comme vous les percevez. Il y a un réel trouble dans leur vision et cela prendra des années de suivis assidus pour que l’anorexique reconnaisse que son image n’est pas telle que perçue dans son miroir. La personne atteinte d’anorexie est souvent obsédée par certains membres de son corps; ses cuisses, son « double » menton, ses bras, ses fesses et bien sûr, son ventre.

Chez les femmes, il y a la perte de menstruation d’au moins trois cycles consécutifs. Encore là, si vous prenez la pilule, vous aurez peut-être encore vos menstruations même si votre corps est amaigri.

Il existe des anorexiques dites restrictives, qui ne mangent pas ou très peu, ne vomissent pas, n’ont pas de crises de boulimie ni n’utilisent de purgatifs. Il y a les anorexiques de type boulimique qui entre ses jeûnes, mangent compulsivement et ont recours au purge, à l’exercice ou prise de purgatifs.

Boulimie

Compulsions alimentaires récurrentes où la personne a l’impression de perdre le contrôle. Si vous mangez beaucoup plus que normalement durant un voyage, durant les fêtes ou tout autre moment restreint dans le temps, vous n’êtes pas boulimique pour autant! La boulimie s’installe sur le long terme. La personne est sous le contrôle de ses pulsions, elle n’arrive pas à se passer de sa boulimie, elle va parfois la planifier, mais elle est toujours sous son joug. Même si on lui dit de se contrôler, la personne boulimique ne le peut tout simplement pas; la nourriture est sa drogue et elle subit son influence.

Il faut plusieurs mois ou même des années de thérapie pour se libérer de son comportement autodestructeur. La boulimique va utiliser des moyens compensatoires pour ne pas prendre de poids tels les purges, l’exercice compulsif, prise de laxatif etc. Tous ces moyens ne pourront lui garantir la perte ou le contrôle de son poids à long terme. Si la personne boulimique perd du poids au début, son corps fera comme pour l’anorexique; il gardera des réserves. Le corps n’est pas fait pour se restreindre.

Il est très difficile de cesser de se faire vomir ou de prendre des laxatifs, car la personne se sent sale, honteuse d’avoir succombé, humiliée de ne pas avoir été assez forte pour éviter la boulimie. Le jugement est plus fort sur les boulimiques que les anorexiques, car les premières ont souvent un poids standards et les gens ont pitié des deuxièmes. Mais la souffrance est la même, même si elle est moins visible physiquement chez les boulimiques.

L’orthorexie

Les personnes rigides face à leur alimentation, qui ne mangent que ce qui est santé, qui passent des heures à tout lire sur les ingrédients, qui ne savent plus ce qui est permis ou non, finissent par voir l’alimentation comme un gros problème. Elles veulent tellement bien manger qu’elles ne partagent plus leur repas, ne vont plus manger ailleurs que chez elles et deviennent obsédées par la nutrition. Ce qui était sain au départ devient un véritable casse-tête impossible à terminer. L’orthorexie mène souvent à l’anorexie et à la boulimie.

Hyperphagie

L’hyperphagie ressemble beaucoup à la boulimie, mais les personnes atteintes n’ont pas de comportements compensatoires. La personne se cache pour manger de grosses quantités de nourriture pour combler son vide émotif. Les personnes hyperphagiques sont souvent des personnes anxieuses, dépendantes, sévères avec elles-mêmes. Elles voudraient être aimées comme elles sont, mais elles n’arrivent même pas à s’aimer elles-mêmes. Le sentiment de honte, l’impression d’être sale et le désespoir font partie du quotidien des hyperphagiques. Ce trouble prend de plus en plus de place dans la société actuelle.

Dysmorphie musculaire

La dysmorphie musculaire n’est pas reconnue comme un trouble alimentaire, mais comme trouble obsessif compulsif. La personne s’entraîne beaucoup, ne peut passer une journée sans un entrainement intensif, est obsédée par les muscles de son corps et peu avoir des compulsions alimentaires suite à des régimes répétés. Ce trouble est omniprésent chez les athlètes malheureusement.

On peut s’en sortir!

Certaines études prétendent qu’un taux anormal de sérotonine peut influencer l’appétit ainsi que l’humeur de la personne. Coté génétique, on tend à croire que les troubles alimentaires, tout comme les troubles toxicologiques, peuvent se transmettre de génération en génération. Par contre, il est trop tôt pour affirmer que les troubles alimentaires sont génétiques.

Sachez qu’avec un bon suivi, il est possible de se sortir d’un trouble alimentaire. Selon la personne et son histoire, le suivi peut par contre durer des années. Ne désespérez pas!! Il est important d’être bien entouré pour s’en sortir, mais même si personne ne croit en vous dans votre entourage, il faut persévérer. Et même si vous n’y croyez pas, vous pouvez quand même vous en sortir!

N’ayez pas honte de demander de l’aide. Voici quelques traitements qui ont fait leurs preuves au fil du temps :


- Thérapie avec un professionnel de la santé qui a reçu une formation sur les troubles alimentaires. Plusieurs médecins de famille ne sont pas suffisamment au courant des réels enjeux des troubles alimentaires. Informez-vous auprès de spécialistes. Les thérapies cognitivo-comportementales, suivi individuel, thérapie de groupe, de famille ou de couple, avec un nutritionniste et autre professionnel sont essentielles pour évaluer l’état mental et physique de la personne et l’accompagner durant tout le processus de guérison.

- Médication; certaines personnes n’ont pas besoin ou ne veulent pas de médicaments, mais il est parfois nécessaire, temporairement ou à long terme, d’avoir recours à la médication pour aider la personne à garder la tête hors de son trouble.

- Hôpital; une hospitalisation est souvent nécessaire en cas de danger sévère pour la santé.

- Hôpital ou programme de jour ; l’hôpital Douglas à Verdun offre des programmes adaptés au besoin de ses patients atteints de troubles alimentaires. Les patients mangent ensemble, font les repas ensemble, ont des thérapies de groupe et individuelle.

Que vous soyez atteint d’un trouble alimentaire ou que vous soyez près d’une personne qui en souffre, allez chercher de l’aide. Le chemin est long pour s’en sortir, mais même si vous cumulez des années de thérapies et d’hospitalisations, il y en aura toujours une qui fonctionnera! Vous ne pouvez jamais reculer, car vous aurez toujours des acquis à chaque consultation. Et même si vous ne croyez ni en vous ni en votre guérison, tout se peut! Demandez de l’aide.

Voici quelques liens importants qui vous fourniront des informations pertinentes sur les troubles alimentaires :


http://www.douglas.qc.ca/section/troubles-de-l-alimentation-146

https://www.hopitalpourenfants.com/services-et-personnel/services/service-troubles-alimentaires_22

https://cliniquebaca.com/nos-services/traitement-specialise-pour-adolescents/

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